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François Villon : de ses vivaces impressions à sa poésie de la mort.

La mort et l'avocat - Danse macabre - bois grave du 15e siecle utilise pour illustrer un recueil de poemes de Francois Villon au debut du 20e siecle - ©Gusman/Leemage

L’objectif principal de François Villon n’était pas de renouveler la forme de la poésie de son époque ou la façon de traiter les thèmes poétiques hérités de la culture médiévale. Ce que nous savons de lui c’est qu’il avait pris à contre-pied l’idéal courtois et renversait les valeurs admises « en célébrant les gueux promis au gibet, cède volontiers à la description burlesque ou à la paillardise ». Villon multipliait les innovations de langage.

Cependant, la façon dont il a établi une relation étroite entre les événements de sa vie et sa poésie lui a permis à laisser la tristesse et le regret occuper la surface de ses vers.  Pour vous dire que le Testament (1461-1462), qui apparaît comme son chef-d’œuvre, est une prolongation du Lais ou le Petit Testament, écrit en 1456. Il s’agit d’un long poème de 2023 vers qui est principalement marqué par l’angoisse de la mort et recourt à « un mélange de réflexions sur le temps, de dérision amère, d’invectives et de ferveur religieuse ».  Cette stratégie de mélange de tons a rendu l’œuvre de Villon pathétiquement sincère qui la différencie de celle des autres, ses prédécesseurs.

Outre, dans la dynamique d’une analyse critique, nous allons à travers ce dossier vous parler d’abord de la vie du poète. Ensuite, nous essayerons de vous dégager ses vivaces impressions pour à la fin vous parler de la mort qui est une valeur ajoutée de sa poésie.

 

 

  • La vie du poète

François de Moncorbier de son vrai nom est né en 1431 dans les coins pauvres de paris, jadis dominés par les anglais et décimés par les épidémies et la famine. Sa mère était une pauvre femme car vivant sous la couverture financière de Maître Guillaume de Villon, un parent plus fortuné qu’elle. L’enfant avait pris le nom de père adoptif. Le chapelain de Saint-Benoît-le-Betourné avait essayé d’en faire un clerc, ce qui fait qu’il l’avait inscrit à la faculté des Arts. Mais des étudiants se trouvait une bohème famélique et débouchée qui poussait au désordre : crocheteurs, escrocs, joueurs de flûte, pipeurs de dés, faux monnayeurs. Cette société qui était à la fois bigarrée et prodigieusement amusante était aussi le lieu de fréquentation du petit Villon qui finissait par subir son impact. Comme dans cet exemple, quand il escaladait en compagnie de ses cinq camarades les murs du collège de Navarre (devenu l’école polytechnique), crochetait serrures et coffres et volait un sac de cinq cents écus d’or. Et voilà Paris interdit à Villon qui avait bien fait de filer car un des auteurs du vol de Navarre arrêté avait donné les noms de ses complices. Mais il serait retrouvé et emprisonné sous de l’évêque d’Orléans. Cependant, l’évêque n’était pas prêt à libérer le mauvais garçon, quand, par chance, passait près de Meung le nouveau roi, Louis XI qui, à l’occasion de son sacre, donnait des lettres de rémission aux prisonniers, dans toutes les villes où il s’arrêtait et parmi eux Villon. Il retournerait vivre à Paris et à cette époque, à sa sortie de la macabre, il faisait montre de la honte et du repentir comme il avait ci-bien souligné dans son Grand Testament. Les moments terribles de son enfance peuvent être démystifiés dans sa Belle Leçon Aux Enfants Perdus (V.1668-1691) à travers laquelle il se signale comme un conseiller (« Que chacun m’écoute encore un instant ! ») qui se sert de son vécu pour raisonner les autres.

Mais ce n’est finit car en novembre 1463, il insultait, provoquait avec trois de ses compagnons et cela après souper, les clercs de Maître Ferrebouc et ceux-ci sortent pour camper une scène de bagarre, coups de dague. Cette situation avait poussé les autorités à poursuivre Villon et Cie et les condamnaient à « être pendus et étranglés ». Mais le mauvais garçon avait interjeté appel ; sa peine commuée et il était banni pour dix ans de la ville de Paris.

Sa vie est ainsi perçue : « agitée, criminelle et misérable », Villon était tout à fait considéré comme « un fainéant, ivrogne, joueur, débauché, écornifleur, escroc, voleur, crocheteur de portes et de coffres. » et pourtant c’est à lui, le malfaiteur pro qu’il faut interroger sur tout ce qui se passe dans la poésie du XIVe siècle. Ses huitains, pleins d’une gaîté folle, sont étincelants d’esprit.

Le Grand-Testament, quant à lui, s’est présenté de façon plus précise. Car le poète lui-même avait déclaré que « c’est un testament en forme qu’il voulait rédiger ». Ce qui fait que, dès l’incipit (strophe 1 à 70) du dit Testament, il inscrit sa jeunesse folle et quelques réflexions sur la rapidité de la vie.

François de Moncorbier semble être plus rigoureux quant aux vrais procédés d’un Testament. Ce pour dire que le Grand-Testament est plus méthodique que les Lais. Car les exécuteurs du Testament sont bien désignés, son lieu d’inhumation y est indiqué, il s’agit de la Chapelle Saint-Avoye. Cependant, différemment du petit Testament où les dons sont énormes, il les avait retreints au niveau du Grand-Testament. Dans ce dernier, il y ajoute des ballades qui, joliment, ont rompu la monotonie du poème. Mais des réflexions de tout ordre interviennent aussi pour nous livrer ouvertement le sentiment intime du poète.

 

  • Un Villon vivace dans ses impressions

Villon est un poète dont la marque originale est d’une rareté exceptionnelle. Il a séduit des milliers de lecteurs par « sa mobilité de l’humeur, sa facilité de passer de la gaîté à la tristesse, de l’émotion à la raillerie ». Comme l’exemple de ce vers qu’il considérait comme sa devise et tiré d’une de ses ballades : « je ris en pleurs ».

Villon est d’une rareté exceptionnelle car il savait nous présenter un tout petit vers où nous entrevoyons tout un monde. Ce qui fait de lui le maître l’expression nerveuse et sobre. Certains de ses vers écrits à sa sortie des prisons de Meung peuvent nous le prouver, parce qu’ils nous présentent une sorte de confession sa vie folle. Dans ces vers Villon exprime son repentir : « Au nom de Dieu, Père éternel, et du fils que la vierge enfanta, (…) » (P.129, V. 796). Donc la sincérité dans les écrits de Villon est ouvertement palpable et est garantie par le caractère matériel de ses regrets, quant à la peur de l’enfer (« que Dieu nous préserve d’y tomber ! » (V.824).

Comme si le poète semblait à travers sa poésie réfléchir sur son existence et cela, après ses longs mois de prison. C’est pour vous dire que ça ne doit être étonnant, surtout quand on sait qu’il a bien fait une fausse route. Sinon, il n’allait pas, dans les vers 884-892, demander à la Vierge Marie de l’intercéder auprès du Christ : « Dites à votre fils que je lui appartiens, qu’il efface mes péchés ».

Il est à cet effet important de revenir à la charge de cette instabilité produite à tout instant (exemple : V.893). Cela pour vous dire que c’est une autre stratégie à la Villon pour accroitre l’effet de ses sentiments exaltés. Comme le fait de s’adresser tantôt au Christ par l’intermédiaire de la Vierge Marie, tantôt à la vierge à travers sa propre mère.

Certes malfaiteur professionnel, mais dans ses écrits, on ne voit rien qui le reflète carrément car il a aussi « d’adorables mots », surtout quand il nous parle de sa propre mère : « pauvrette et ancienne ». C’est la même sensation qu’on a à chaque fois qu’on lit aussi sa Ballade (Les Contredits de Franc Gontier), qui a une dimension purement romantique (V. 1477-1482). Cela ne doit en aucune façon nous surprendre, puisque comme nous tous, les assassins peuvent aussi vénérer les saints et la vierge. D’ailleurs, dans un souci de confirmer nos dits, il faut ajouter que dans ses écrits, Villon pleurait « Jeanne la bonne Lorraine » et cela en laissant entendre un sentiment de patriotisme : « qui mal voudrait au royaume de France ».

 

Cependant, invraisemblable serait de parler de François de Moncorbier sans penser à la mort. Car chaque instant de son existence, il avait frôlé celle-ci l’obligeant à l’obséder, au point d’apparaître partout dans ses Ballades : « en cette foi, je veux vivre et mourir » (V.902).

 

  • La mort comme valeur ajoutée de la poésie de Villon

L’année du premier testament est le 463 et deux ans après, Villon écrit le 2ème. Pour dire que dans ses testaments, la notion de la mort n’est pas impliquée, en plus on ne connait pas le moment exact de sa mort. En effet, dans ses écrits, le « je » est fréquemment inscrit et ce, dans un présent pour jongler entre le moment qu’il a écrit et le moment qu’on doit le lire. Le « je » est symbolisé comme une sorte de monument qui doit être abordé au moment où celui qui l’a écrit n’est plus.

D’abord, il faut oser poser la question à savoir que deviendrait Villon si la mort n’avait pas alimenté sa plume ? parce que nous savons tous que c’est à travers ce thème de la mort qu’il est devenu l’un des meilleurs poètes de sa génération. A travers cette mort, le poète a douloureusement vibré son être et fait frémir tous ses nerfs : « vous nous voyez pendus ici, cinq ou six : la chair que nous avons trop nourrie, la voilà depuis longtemps défaite et pourrie, et nous, les os, devenons cendre et poussière. », (V.1-8, poésies diverses du manuscrit C).

Villon, hyper soucieux de la mort, n’hésitait pas d’évoquer les âmes emprisonnées dans l’enfer. Tout laisse voir qu’il a été sans cesse hanté par la vie après la mort, sa mort à lui-même qui avait une jeunesse de folie et celle des autres déjà partis qui, d’après lui, vivent là-bas comme des petits dieux », (V.799-800).

En lisant Les Ballades, on a l’impression que Villon, partout où il regarde, ne voit que la mort. D’ailleurs dans la chair vivante, il y voit la chair pourrie, celle-là de demain voire même le squelette d’après-demain : « Ils étaient morts, corps et âmes, en perdition éternelle, les corps pourris et les âmes dans les flammes quelle que fût leur condition. », (V.801-804).

Outre, il faut y ajouter que certains de ses vers dévoilent qu’il a été grandement hanté par l’image de la vieillesse de la chair humaine, tout ça l’effraie jusqu’au niveau le plus élevé, en prouvant que sa pensée a été heurté par les torsions de l’agonie et la décomposition physique. Ce n’est pas du tout fortuit de voir la mort comme une valeur ajoutée de la poésie de Villon. Son choix reste naturel, parce que d’une part le poète cherchait à se réconcilier avec Dieu avant sa mort. Ceci peut être approfondi par ailleurs par les dons qu’il avait pompeusement fait dans son petit Testament, Le Testament (Page 133, V.833-868), surtout celui de son âme qu’il a fait don à la trinité.

Villon a un regard très particulier de la mort qui, au finish, se manifeste dans toutes ses formes à travers ses écrits. Dans tout ce qu’il regarde, il ne voit que la vieillesse et la dissolution du corps.

Par cette mort elle-même, tout communique un accent profondément angoissé et cela en rapport avec une méditation qui le plonge vers les preux des anciens temps : « Mais où sont les neiges d’antan ? » et les âmes, il les aurait vues « au ciel, devant la face de Dieu. La mort est pour Villon un « spectacle de l’incompréhensible fatalité à laquelle nul ne se dérobe ». A lui, le « pauvre diable qui a vécu dans les sales dessous de la société », la mort semble être un vecteur de cette grande et pathétique leçon d’égalité qui sans cesse l’animait.

Villon avait un autre regard du corps qui le différencie d’autres poète comme Shakespeare et dans sa façon de voir on peut y voir « l’entassement indiscernable des squelettes et des crânes dans le charnier des innocents ». Il arrive même qu’on le voit effectuer une descente ou un voyage dans l’enfer ou l’au-delà où il fait parler aux morts et que lui-même parmi eux : « Nous sommes morts : que nul ne nous tourmente, mais priez Dieu que tous il nous absolve ! » (Ballade des pendus). Villon était dans l’optique de transformer ses illusions en réalité quand il composait ses vers. N’oublions pas qu’il devait, en compagnie d’autres amis, être exécuté et qu’il a eu la chance d’être libérer par la suite. Ce qui fait que ça ne doit pas être surprenant de le voir dire : « Si nous vous appelons frères, n’en soyez pas choqués, bien qu’on nous ait exécutés au nom de la justice…Vous savez bien que tous les hommes n’entendent pas raison ». Là le poète est dans des rêves et que lui et ses camarades sont morts. Mais ce qui le tracasse, ce n’est pas le fait qu’il ne soit plus parmi le commun des vivants, mais plutôt sa future destinée : l’enfer qui semble primer sur le paradis. Le poète semble douter sur son sort et la peur des flammes de l’enfer reste une grande préoccupation : « Intercédez donc, le cœur en paix, auprès du fils de la vierge Marie, afin que sa grâce ne s’épuise pas et qu’il nous sauve des foudres de l’Enfer ». Nonobstant de cet enfer qu’il a eu peur, le plus extraordinaire chez ce poète reste indéniablement sa manière fine de décrire les différents contours de la mort, cette réalité qu’il voyait dans la chair humaine, même vivante.

Villon a une façon personnelle de sublimer ses vers à travers un regard porté sur l’horreur : « La pluie nous a lavés et lessivés, le soleil desséchés et noircis. Les pies, les corbeaux nous ont vidé les yeux et arraché la barbe et les sourcils ». Cette magie dans son écriture, on peut le voir aussi dans La louange qu’il a adressé à la cour, quand il avait reçu la nouvelle comme quoi, il n’était pas condamné à mort : « Cour souveraine, à qui nous devons la vie, vous empêché notre destruction ». Il s’y signale une parfaite opposition entre la vie et la mort et que la cour, quant à elle, se trouve être considérée comme l’endroit par excellence, où le sort des mortelles doit être décidé.

Mais quoiqu’on dise du fait qu’il soit psychologiquement occupé par la mort, il faut aussi préciser qu’il y a des moments où les écrits de Villon se demandent à savoir pourquoi doit-on avoir peur à la mort qu’est inévitable : « Puisque les papes, les rois, les fils de rois conçus dans le sein des reines sont enterrés morts et froids- leurs royaumes passent en d’autres mains- moi, pauvre marchand de paroles, ne mourrai-je pas ? ». Le poète accepte bien de mourir, mais de quel mort veut-il ? Si ce n’est la seule qu’espère avoir le commun des mortels : la belle mort. Et quand précisément ? Il déclare qu’après « avoir bien joui » de la vie. Cela prouve encore l’horreur que François Villon voyait dans la vieillesse qui, d’après lui, reste le reflet le plus rationnel de la mort : « De même, ces pauvres femmelettes, qui sont vieilles et n’ont de quoi vivre, quand elles voient ces jeunes filles exercer le métier autant qu’elles veulent, elles demandent à Dieu pour quelle raison, au nom de quoi, elles sont nées si tôt », (V.445-450). C’est aussi le même exemple, quand il parle de la Belle Heaumière désormais vieille. Villon parle ici de la vieillesse comme une situation qui tend vers la mort et ce qui l’a même poussé de dire que la Belle Heaumière voudrait bien se retrouver jeune fille et sous forme de lamentation, il présente la Belle Heaumière dans un monologue interne : « Ah ! Vieillesse cruelle et perfide, pourquoi m’as-tu terrassé si tôt ? Qu’est-ce qui me retient me retient de me frapper et de tuer sur-le-champ ? ». Il faut dire que le paradoxe dans ces propos de la Belle Heaumière c’est qu’elle considère la mort mieux, plus rose que la vieillesse.

Villon, à travers les états d’âme de la Belle Heaumière, évoque le vrai devenir du corps, comme s’il veut encore nous montrer que le devenir est la loi qui gouverne le monde et que « tout change, tout écoule, on ne descend jamais deux fois dans un même fleuve ».

 

 

François Villon nourrit un mystère qui en a fait le père d’une lignée fameuse des lettres françaises : les poètes maudits. Il est un poète d’une rareté exceptionnelle et à travers le Lais et le Testament, il a séduit des milliers de lecteurs.

Ainsi, du fait de « sa mobilité de l’humeur, sa facilité de passer de la gaîté à la tristesse, de l’émotion à la raillerie », François Villon nous décrit toutes les facettes de sa vie remplie de folie et qu’ici le thème de la mort semble être une baguette magique lui permettant de séduire des milliers de lecteurs. Pour dire qu’en définitive, passant par sa vie et ses vivaces impressions, la morte reste la clef de voûte de la poésie de François Villon.

Nonobstant, son appartenance au Moyen-âge, il faut aussi accepter le fait qu’il soit un poète moderne, au point de dire qu’il est le premier à le devenir de façon complète.

 

 

 

Badji Moustapha 

 

 

 

 

Moustapha Badji
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