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COVID-19: il faut interpréter et actualiser les pensées de Bruno Latour

Il est souvent important de revenir à la charge de certaines réflexions pour apporter des réponses précises à cette pandémie qui ne cesse de bouleverser le monde entier. Et cette fois-ci, nous intéressons à une interview de Bruno Latour, un sociologue, anthropologue et philosophe des sciences, qui est un français, né le 22 juin 1947 à Beaune. C’est pour vous dire que dans cette entrevue, Latour nous avait tous invité réfléchir sur le monde d’après Covid qui, selon lui, est extrêmement important pour notre survie dans ce village-planète-terre. 

 

« On doit juste essayer de négocier avec le virus et non de faire la guerre avec »

Bruno Latour déclarait avoir mal vu cette période de crise que nous vivons, et cela pour des raisons très simple à comprendre. « D’abord, dit-il, tragique à cause du confinement qui est dure pour ceux qui sont confinés, ensuite tragique pour ceux qui sont obligés de faire vivre ceux qui sont confinés ».  Il n’a pas aussi oublié la situation des médecins et les autres qui sont en première ligne pour combattre la propagation du virus.

 

Le sociologue, anthropologue et philosophe des sciences  avait déclaré, dans le même sillage, que ce n’est point une situation surprenante pour des gens comme lui, les historiens de la médecine, qui ont travaillé sur ce qui se produit à chaque fois qu’on laisse les microbes faire leur travail de globalisation.

Et dans un souci de vérification des hypothèses, il avait donné comme exemple le choléra, la peste, tout en précisant que tous les historiens de l’environnement et de la médecine savent la capacité incroyable des microbes à resocialiser ou bien rebraser le collectif humain: le coronavirus à certes bouleversé le monde, mais il avait aussi montré aux autres que nous vivons dans un monde globalisé et qu’on doit agir ensemble pour pour une paix globale et durable. Mais ceci peut être autrement perçu dans les geste-barrières, parce qu’il avait avancé qu’il y’a de la nouveauté : la capacité que le virus a par rapport à la globalisation.

« Ça c’est stupéfiant le fait que tous les pays, simultanément, fassent la même chose. Il n’y a que d’imposer un régime de viralité aussi bien à Monsieur Trump, qu’à Monsieur Macron, en quelques semaines. Ça c’est stupéfiant, c’est tout à fait nouveau », dit-il.

Latour a, dans la même dynamique, parlé de l’émancipation des microbes et  il a à cet effet cité un livre abordant la chute de Rome et dans lequel se trouve un chapitre nous montrant que le fait d’avoir mis en place des voies romaines, qui permettaient de connecter l’Afrique noire à l’Angleterre, avait favorisé le développement de la peste. Les microbes, d’après lui, profitaient de cette « formidable nouveauté » qu’est la mondialisation au sens de l’empire romain. Il parle ici de démultiplication de la dimension qu’il qualifie de « formidablement tragique » car « formidablement nouveau ».

Guerre et Paix avec les microbes : L’exemple des découvertes pastoriennes pour s’accommoder.

Ils ont nombreux les chefs d’Etats du monde qui, face au premier vague du coronavirus, avaient déclaré à travers leurs discours que nous sommes en guerre. Mais pour Bruno Latour, la quintessence devrait être dans la Paix. Car c’est vraiment insensé de dire que nous sommes en guerre.

« D’abord, parce que la grande découverte pastorienne des gens du XIXe siècle sait que les microbes ont des variétés de virulence ».

L’écologiste d’ajouter que la virulence des microbes se transforme selon des circonstances. Elle se transforme d’abord quand on le transmet (le charbon des moutons qui, quand on le transporte sur les autres animaux, par exemple le lapin, change de virulence). Il y a aussi le fait que dans la pandémie actuelle, chaque pays présente, suivant son système de santé, la façon dont il s’est préparé, une virulence qui est tout à fait différente des autres.

« De toute façon, on est absolument envahi de virus dans notre nez, sur notre peau, partout, et la plupart de ces virus, on vit très bien avec », précise-t-il.  

Pour Latour, il n’est pas du tout une question de guerre, mais plutôt une situation que nous allons tous découvrir avec le virus, une question de devenir ou une loi qui doit gouverner le monde de demain. D’ailleurs, c’est ce qui l’intéresse.

« Moi c’est la suite qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse dans le virus c’est sa capacité à construire des relations de bouche à bouche, c’est-à-dire d’individu à individu, cette capacité-là qui a énormément surpris au moment des découvertes pastoriennes, au XIXe siècle, avec toujours cette découverte étonnante ».

Ces propos du sociologue, anthropologue et philosophe des sciences, peuvent être perçu en ce moment, après avoir déjà subi les coups du premier vague car selon les gens, selon le milieu de culture à l’intérieur du laboratoire, selon la compétition entre les différents microbes, la virulence du Covid-19 varie considérablement. Tout laisse voir qu’il s’agit d’une question d’accommodation avec le virus, et que ce n’est pas du tout une question de la guerre avec un ennemi invisible.

La lecture formulée des chefs d’Etats du monde autour de l’écologie a cependant dicté qu’il faut fermer les frontières, relocaliser, faire parler l’intérêt national. C’est non seulement la préparation du monde d’après, mais le retour du monde d’avant. Ce que Bruno Latour qualifie de tout à fait possible.

« Ce que j’appelle l’autodescription, c’est-à-dire la description des attachements est très différente de l’énoncer des identités. La chose la plus intéressante dans la crise actuelle c’est que c’est le virus qui nous donne cette leçon. C’est qu’à même absolument inouï de penser que nous sommes tous chez nous confinés pour agir contre le virus par des gestes barrières. Donc nous réapprenons une capacité d’actions qui est en fait une action de masse », explique-t-il.

D’après lui, chacun de nous restant chez lui, nous redessinons une forme d’action globale qui est tout à fait extraordinaire et « c’est ça, dit-il, la leçon du virus ».

Latour avance que le coronavirus n’a pas d’autres capacités que de pointe à pointe, de bouche à bouche, de personne à personne, pixel par pixel. Néanmoins, explique-t-il, il dessine une figure globale.

 

Apprendre à vivre avec le virus

Il faut dire que Bruno Latour fait parti des premiers penseurs qui avaient dit qu’on doit juste essayer de négocier avec le virus et non de faire la guerre avec ; il a même dit que c’est pour cela qu’on est confiné chez nous.

Cependant si l’on a bien saisi la réflexion de Latour, le mieux des actes c’est d’avoir un contact avec le virus, et pas n’importe quel contact, mais le plus faible possible. Il faut donc rencontrer le virus, parce que sans cela, on n’est jamais immunisé.

« C’est un rapport très curieux, où l’ennemi est à la fois ami et ennemi. C’est la découverte des microbes, ce ne sont pas du tout des ennemis. Ce sont des choses sur lesquelles on doit être immunisé par des vaccins, par une multitude de procédures dont certaines sont des précautions d’hygiène et d’autres, des grandes découvertes sur l’immunité, immunité dont on sait qu’il ne faut pas trop exagérer », déclare-t-il.

Les solutions: retour à la production d’avant

« Ce n’est pas parce qu’avant ça allait très bien que ça va revenir comme avant ».

Une affirmation que les autres peuvent être considérés comme fou. En cela, Bruno Latour se demande à savoir : « à quoi ça sert d’avoir tout arrêter, être confiné chez soi, si c’est pour reprendre tout exactement comme avant ? »

L’écologiste d’expliquer que quand on était en Janvier ou décembre, on était aussi dans une catastrophe ou  bien on allait vers une catastrophe, et c’était la plus grande et la plus vaste qu’on appelle la mutation économique. En y ajoutant cette pandémie de coronavirus, Latour a déclaré qu’il y’a deux catastrophes en sachet dans l’autre. C’est-à-dire, « Malgré la situation tragique que nous vivons en ce moment, elle est moins tragique aux gens qui s’intéressent à la mutation écologique en janvier. Parce que, durant ce mois, dit-il, on voyait une société entièrement folle qui allait dans une espèce d’inconscience émouvante, bouleversante, vers une catastrophe que l’on sait simplifier très bien par la question de la température, du climat mondial ».

Il est bien de se poser la question à savoir si le monde se profite vraiment des arrêts généraux (confinement) pour infléchir sur le système actuel, dont nous savons qu’il est responsable de cette situation, qu’il nous précipite, nous accélère vers une catastrophe par rapport à laquelle cette pandémie actuelle est un minuscule petit problème ? Ne pas le faire sera absolument terrifiant. 

Selon Latour, le problème majeur de nos sociétés c’est d’atterrir de telle sorte qu’elles brisent leur façon d’existence, au point qu’elles ne soient compatibles avec le sol, la terre qui nous permet d’exister.

« A cette question générale, ce qui est tout à fait intéressant, c’est de savoir est-ce que chacun de nous est capable maintenant de profiter de la crise pour savoir une fois que la maladie ait finie, qu’est-ce qu’il doit faire et se dire, est-ce que je ne dois pas changer de mode d’existence ? », enseigne-t-il.

Pour lui, l’autre métaphore qu’il faut utiliser est celle du coup de volant. Car, dit-il, tout le monde disait, encore en janvier, que c’est impossible de suspendre le développement économique, mais en deux mois, tout est arrêté. « Tout est inversé, ce n’est pas moi qui suis fou, c’est la situation ! », s’exclame-t-il, tout en ajoutant que nous sommes dans un immense carnaval, où nous pouvons maintenant faire tout ce qui nous semblait impossible et que, tout laisse voir qu’on doit faire. Parce que c’est vers les états que tout le monde se tourne pour être capable de tenir la situation.

« L’économie qui est supposée être la dominante générale, eh bien non ! finalement, même la finance est sous-contrôle des chefs d’Etats, dont on disait qu’ils n’avaient pas de pouvoir », a-t-il affirmé.

 Pour Bruno Latour, on doit se profiter de ce blocage pour se poser ces questions : qu’est-ce que je dois garder ? qu’est-ce que je ne dois pas garder ? car si cela ne devient pas une réalité, on ne fait que gâcher une crise.

« Cette une chance, toutes les crises sont une chance si on les saisit bien. C’est indécent de dire ça, mais le rôle de la pensée c’est aussi de jouer le coup d’après. De toute façon, on va la résoudre, cette crise. Elle met en cause des jobs, elle tue les gens, pleines de choses tragiques. Mais on n’a pas de doutes, on va être capable de la surmonter », se rassure-t-il.

L’écologiste d’avertir : « la crise suivante, dit-il, ne sera pas du tout pareille, on ne sait pas si on peut surmonter le basculement d’une économie industrielle dans le cadre ou l’enveloppe de ce qui est possible écologiquement. C’est ça le problème fondamentalement pour moi ».

Cela veut dire qu’après cette crise, si on reprend les mêmes comportements comme avant, on va se retrouver dans les années à venir comme en ce moment, avec la Covid-19 : la précipitation de toute une industrie vers un mur.

« On le savait abstraitement, maintenant on le sait concrètement, qu’en Janvier certaines de ces choses qui sont nécessaires à notre subsistance sont menacées », explique-t-il.

Bruno Latour d’avancer que face à la mondialisation et à l’indifférence vis-à-vis de l’écologie en général, son groupe de travail avait des difficultés à décrire les choses dont on dépend.

« Ce qui est formidable dans les cahiers de doléances, l’épisode de 89, aussi bien que ce qui se passe en ce moment, c’est de dire essayons de décrire maintenant ce à quoi on est attaché. Ce qui nous parait indispensable », dit-il.

Il donne en cela un exemple au journaliste qui lui posait des questions, en lui disant : « je ne pense pas que vous soyez très content de reprendre à la fin de la crise ces contacts, où on ne voit pas des gens dans votre émission de radio ».

Les télétravaux, les cours en visioconférence sur Skype et zoom, qui sont particulièrement épuisants et déprimants, et durant lesquels on n’a pas besoin d’avoir des contacts directs avec les professeurs sont les exemples les plus palpables.

« Il y’a aussi des gens qui sont entrain de penser au coup d’après (…) Les première chose que fait Trump pour profiter de cette crise, c’est de supprimer les lois d’Obama sur la production automobile. Lui il prépare le coup d’après, qui consiste à échapper au contrainte, à casser les dernières contraintes qu’il y avait pour un type de développement économique que nous ne voulons pas ».

 

Sommes-nous entrains de vivre pour la première fois une révolution qui n’a aucune origine sociale ?  

Bruno Latour de nous dire que dans la Covid-19, il n’y a que du politique et du social. Il demande à cet effet de ne pas isoler le virus car il était là depuis fort-longtemps. « Dans l’action actuelle, il y’a un bout de virus, il y’a un énorme bout de politique de santé, de gestion de stocks, de décision de police et décision de ne pas transmettre les chiffres, etc. Ce n’est pas le retour de la nature », précise-t-il.

Le coronavirus est différent de la crise de Mai 68

Ce qu’en Mai 68, c’étaient des gens qui ont provoqué une crise et non un virus. Mais selon Latour, le parallèle avec Mai 68 se trouve dans le fait qu’il s’agit d’une erreur d’accents. Parce que pour lui, on était dans le social classique : la répartition juste ou pas juste des fruits du progrès.

« Alors que maintenant, la question n’est pas simplement socialisme de la redistribution juste. C’est la question d’injustice posée sur les questions de productions elles-mêmes », a déclaré Bruno Latour, tout en disant que cela ne peut être résolu si chacun d’entre nous n’est pas capable de dire qu’on doit arrêter cette activité-là car elle est incohérente avec d’autres choses, et que l’autre peut être maintenue, vue qu’elle est cohérente avec d’autres activités.

L’écologiste précise qu’il n’a aucune expérience sûre dans tout ça. Mais il demande à chacun de faire une expérience pour soi-même. Il s’agit de réponses globales, comme le fait de dire qu’il faut quitter le système capitaliste. « Car, dit-il, le virus lui-même en est un exemple, il a globalisé sans en aucun moment passer par le cadre général. Il passe à un autre niveau que de bouche à bouche : j’infecte Madame telle, qui infecte Monsieur tel, etc. »

 

 

 

Badji Moustapha

Moustapha Badji
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