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Sénégal: Violences dramatiques, I can’t breathe. ( par Alassane Diakité )

En hommage aux vies injustement prises, mourir n’est-il pas mieux que de suffoquer ?

Suffoquer est belle et bien pire que de mourir, aujourd’hui je ne m’inclinerai pas devant la mémoire de ces jeunes partis au seuil de l’avenir, mais je resterai debout, debout pour que notre nation sorte des abysses de la violence, de l’ignorance et de la décadence.

Ce mois de mars a été des plus durs pour l’histoire du Sénégal, depuis peu, nous entendons des analyses ça et là sur les causes de ces violences inédites et ce déchaînement de colère dans les rues.
Je tiens à éclaircir à l’entame de mes propos que ce qui suivra après ces phrases n’est qu’une opinion personnelle et subjective néanmoins éclairée par une culture, des valeurs et la citoyenneté plus ou moins « inculquées» à chaque sénégalais.

Je ne ferai pas l’épilogue de l’histoire du Sénégal ou une analyse approfondie de la société sénégalaise et de ce qui retient notre pays pour un développement… humain ! Des auteurs assez émérites ont déjà écrit de long en large sur le Sénégal et ses goulots qui l’étranglent pour ne pas citer le titre du livre de Cheikh Yérim Seck.

Longtemps, des politiques ont été mises en place, des programmes, des stratégies pour nous sortir de cette pauvreté devenue endémique. Cela sans succès.

Certes, les couvre-feux interminables, sont une cause dans cette frustration incarnée par une jeunesse désemparée, mais il faudra noter que cette jeunesse a été mal canalisée, et ceci depuis bientôt une trentaine d’années.

Nous voilà inéluctablement à la croisée des chemins du destin de notre Sénégal aimé, avec une jeunesse pour la majorité dépourvue d’espoirs d’un mieux-être dans leur propre pays. Cette jeunesse qui sera comptable des années à venir et des générations futures,… cela fait froid dans le dos!!!

Comment saurons-nous guider la destinée de tout un pays alors que pour la plupart, nous n’avons pas d’idéal de vie, aucune aspiration claire, plus de valeurs, aucune éducation, pas un des trois savoirs (savoir, savoir-être, savoir-faire), ni civisme ni citoyenneté, c’est aberrant.

Je me demande ce que dirait Cheikh Anta s’il était de cette époque, tout cet échec généralisé n’est dû qu’à un et unique facteur : l’incompréhension de ce troisième millénaire par nos aînés qui n’ont pas réussi à transmettre le flambeau qui leur a été transmis par leurs aînés.

Comment réussir à éduquer un enfant né dans les années fin 90 et début 2000 sans pour autant comprendre les enjeux de cette époque ? Certes la notion du bien et du mal reste inamovible mais doit être inculquée de façon adaptée.

Le premier échec est de ne pas avoir une politique numérique claire, afin d’éduquer les masses sur l’utilisation du numérique et sa capacité de nuisance qui est destructeur.

Le deuxième échec est le déphasage criant entre les générations précédentes et celles de maintenant, aucune forme de coaching, les parents ont complètement abandonné l’éducation dans sa forme la plus pure à la recherche effrénée de revenus (est-ce que nos grands-parents qui pour la plupart vivaient modestement ont sacrifié l’éducation de leurs enfants au profit de leur mieux-être relatif ?).

Le troisième échec est celui de la société qui en un temps record a cessé d’éduquer de prioriser l’humain au profit du matériel, une belle voiture a plus d’égard qu’une personne. Nos aînés ne se soucient plus des jeunes et de leur formation car l’éducation se faisait à la maison, dans les quartiers et à l’école. Quand ce sont des personnes qui sont censées éduquer qui montrent le mauvais exemple en tout, les premiers à injurier, à médire, à corrompre, à dire l’opposé de la vérité, à détruire l’innocence et à commercer la religion, alors cet échec est justifié. Quand un adolescent préfère détruire un édifice public ou le bien d’autrui et préserver les boutiques de paris sportifs, je crois qu’il est impératif de faire un reboot de la société sinon nous courons à notre perte à tous.

Le quatrième échec est celui de l’Etat, qui n’a toujours pas réussi à trouver une adéquation entre les aspirations des jeunes, les besoins de notre pays et des formations pointues évolutives. Il ne suffit pas de financer, le génie créateur sénégalais est notre ressource principale mais nous devons le réveiller et le canaliser. Tout le monde ne peut devenir, chercheur, ou enseignant, un pays c’est un tout, on a besoin de chaque ressource et de chaque métier constructif et aussi avancé ou rudimentaire qu’il soit mais il faudrait que chaque jeune puisse être performant dans son domaine. L’éboueur doit avoir une maîtrise parfaite de son métier, il en est de même pour le médecin, l’ingénieur, le professeur, le menuisier etc. Je ne m’arrêterai pas là car le plus fondamental est le sentiment d’injustice que ressent toutes les couches marginales de la société, pendant qu’une certaine classe abuse de ses privilèges, une autre est écrasée par les restrictions sanitaires, la faim, le chômage et le sentiment d’être abandonné par l’état.

Le cinquième échec est celui de nos spirituels dans sa majorité, quand un médecin est plus malade que le patient, il est évident que le dernier n’a aucun moyen de guérir. Ce sont les éducateurs par excellence pour leur rectitude, leur probité morale et l’héritage du spirituel qu’ils incarnent, cette jeunesse a besoin d’être éduquée et formée par la religion et non utilisée à des fins purement mondaines. Que ceux qui se réclament guide spirituel, imam, mufti… incarnent les valeurs qui siéent à leur fonction, la connaissance et la sagesse qui s’y rattachent.

Le sixième échec est cette méconnaissance de notre culture, de notre histoire et ce qui fait de notre nation un exception dans le monde. Qui étaient ces valeureuses personnes qui ont fait de notre Sénégal notre fierté nationale ? Je crois qu’il faudrait bâtir notre pays sur notre culture et non sur une culture occidentale qui ne dit pas son nom, injecter en chaque sénégalais ce sentiment de patriotisme aiguë, d’amour pour son terroir, d’appartenance à une culture des valeurs et de l’excellence. Le spirituel doit s’ingérer dans le temporel, provenir de l’école coranique n’est en rien un handicap au contraire, ces produits ont montré qu’ils sont aptes à régler des différends, à être économiquement compétitifs et préserver le bien d’autrui et le bien commun.

Le septième et dernier échec que je finirai de souligner est celui de la JEUNESSE !
Cette jeunesse certes laissée à elle-même, désœuvrée est quand même fautive. Elle est responsable de son inconscience, de son impatience et de son ignorance. Nous ne prenons pas le temps de nous former, la promotion de la médiocrité par le nouveau système Comédie-Lutte-Musique-Danse, a fortement contribué à l’abandon des études poussées, notamment par les garçons. De dignes modèles de réussite ne naissent plus ou sont moins médiatisés, les inventeurs, les scientifiques, les personnalités émérites ne sont plus célébrés ou cités en exemples.

Une jeunesse lésée par ces élites et abandonnée à elle-même, sans éducation et formations adaptées, sans valeurs, sans modèles, sans repères, de surcroît oisive est une jeunesse qui étouffe et AT THIS MOMENT, WE CAN’T BREATHE.

Nous jeunes d’aujourd’hui, seront les adultes et dirigeants de demain, alors la responsabilité nous incombe de trouver les voies et moyens de léguer à nos successeurs un Sénégal de valeurs et prospère. N’acceptons pour quelle obédience que ce soit, de sombrer dans la violence et la destruction car si les gens instruits se mettent à détruire alors les établissements d’éducation et de formation, le corps enseignant, auront failli car c’est l’école sous sa forme la plus pure qui est la fabrique du citoyen modèle.

Soyons engagés, concernés et soyons les dignes héritiers de nos ancêtres pétris de valeurs, de connaissance, de patriotisme et de dignité et n’ayons pas peur de remettre en question le modèle même de la démocratie rien ne nous dit qu’il y a pas une autre voie d’épanouissement de notre société.

Je suis un jeune humble citoyen, qui essaye d’apporter du positif dans cette société aigrie, où la tolérance et la diversité des opinions ne sont évoquées qu’au souvenir de la belle époque de la Téranga sénégalaise dont notre société actuelle n’est que pâle reflet.

J’espère et je reste convaincu que nous avons les ressources de nous mettre debout comme un seul homme prêt à relever les défis de ce millénaire avec le legs de nos aïeux.

Qu’Allah préserve le Sénégal et qu’Il y abonde prospérité et paix dans la justice et l’équité. Âmin

Alassane Diakité

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